Il n’y a que Abdelaziz Bouteflika qui puisse relever l’UMA de sa déchéance

Il n’y a que Abdelaziz Bouteflika qui puisse relever l’UMA de sa déchéance

Par Ezzeddine Ben Hamida
Si nos gouvernants ne veulent pas d’un Maghreb intégré et supranational, comment alors conçoivent-ils l’Union du Maghreb Arabe (UMA) ?
A notre sens, les lignes fondatrices telles que l’histoire, la langue, la religion, le niveau de développement, … sont claires comme le jour ; voici donc notre conception:

S’organiser pour ne pas redevenir une proie facile

Il faudrait que le Maghreb s’organise, en d’autres termes ses Etats se rapprochent, de Nouakchott à Benghazi, de Tataouine à Fez, d’Oran à Koufra (Sud-est de la Libye), de façon à devenir capables d’attirer les autres et de faire contrepoids aux grandes puissances étrangères, aujourd’hui encore les Etats-Unis, l’Europe et la Russie, demain, la Chine, l’Inde et le Brésil sans oublier la Turquie, l’Iran ou encore, évidemment, le Japon. Tant que nos pays restent individuellement repliés sur eux-mêmes, ils sont une proie facile pour les occidentaux –l’exemple du Mali aujourd’hui l’illustre parfaitement— ; sauf si les Russes les protègent en leur fournissant, comme dans le passé mais aussi le présent, les armes pour qu’ils se défendent (la triste actualité de la Syrie en est l’exemple du protectorat russe et iranien). Ils ont donc le choix entre redevenir des colonies occidentales ou des protectorats des Russes, des Chinois ou encore des Iraniens.
Une telle situation ne peut pas durer éternellement. Il est donc urgent qu’ils s’unissent pour sortir d’un tel bourbier géologique et clairement géo-militaire. Il faudrait commencer par les deux ou trois pays, qui pourraient former le noyau dur pour mieux séduire les autres : la Lybie et la Mauritanie quand la démocratie et la sécurité finiront par s’imposer. Et pourquoi pas l’Egypte, un peu plus tard.

L’entente Maroc-Algérie en est la clé de voûte

L’UMA se fera ou ne se fera pas, selon que le Maroc et l’Algérie se réconcilieront ou non sur l’éternelle question du Sahara occidental qui intoxique, empoisonne et envenime l’avenir de l’UMA. C’est certainement fait entre les deux peuples frères mais hélas pas au niveau des dirigeants. Il n’y aura pas de construction de l’UMA si l’entente entre ces dirigeants n’en est pas la clé de voûte. C’est l’Algérie qui devrait aujourd’hui faire le premier geste, car c’est elle, au Maghreb occidental, qui a le plus souffert. Elle montrera ainsi la grandeur de son âme et la noblesse de son esprit; elle montrera ainsi sa capacité à se projeter à long terme tout en gardant un œil sur le passé. Elle reprendra par la sorte sa mission historique à l’égard du Maghreb; une mission dont elle se sent investie avant même son accession à l’indépendance. Rappelons que c’est Messali Hadj qui avait créé, à Paris, en 1927 «l’Etoile Nord Africaine» qui regroupait des Tunisiens, des Algériens et des Marocains.
Certes la Tunisie, le Maroc…ont souffert aussi mais, à notre sens, ce n’est pas pareil. L’Algérie a souffert plus que les autres, parce qu’elle est le seul pays qui a subi un génocide (voir notre article sur cette question: www.lapresse.tn). Les Tunisiens, les Marocains,….ont subi des exactions, des viols, des privations. Mais aucun autre pays n’a subi un génocide orchestré et méthodiquement exécuté, particulièrement au début de la colonisation. Aucun autre pays n’a vu près de 217.000 personnes (d’après les statistiques de février 1961 de l’armée française) de ses citoyens vendre leur âme, c’étaient des supplétifs de l’armée française. Les peuples tunisien, marocain,… avaient leurs leaders et espéraient une indépendance sans trop de sang. Ils n’étaient pas divisés ; ils n’ont pas douté de la voie à suivre. Alors que 217.000 Algériens ont combattu leurs compatriotes ; 217.000 Harkis avaient cru que l’Algérie avait intérêt à être française et par conséquent ils ont combattu leurs frères ; ils ont cru à la victoire de la puissance coloniale ; ils l’ont même espérée.
Ne s’agit-il pas ici d’un terrible traumatisme historique difficilement surmontable ? N’est-il pas aux frères voisins de faire preuve d’intelligence, de compassion et de patience ?
Le Maroc a un grand peuple qui a su résister à la puissance coloniale et même ottomane. La Tunisie a un grand peuple qui a su arracher son indépendance par le sang mais aussi par la négociation. La révolution du 14 janvier n’a fait que confirmer le génie de cette nation exceptionnelle qui a toujours su honorer ses rendez-vous avec l’Histoire. L’Algérie a souffert plus que les autres parce qu’elle a été plus trahie que nous autres et elle a subi plus de revers dans son histoire même postcoloniale : le choc d’octobre 1963 de la guerre des sables avec l’armée marocaine assistée par des conseillers militaires israéliens ou encore, les 100.000 victimes du terrorisme de la décennie 1990.
Le Président Abdelaziz Bouteflika a rejoint l’Armée des frontières au Maroc en 1956, à l’âge de 19 ans. Il fit son instruction militaire à l’École des cadres de l’ALN de «Dar El Kebdani» Dar El Kebdani (Maroc, ville de Narod)— Son père a, d’ailleurs dès son jeune âge, émigré au Maroc —. Le jeune Abdelaziz s’est comporté d’une manière héroïque pendant la guerre, avant de devenir secrétaire administratif au sein du poste de commandement de la Wilaya V, il avait pour mission de sensibiliser la population rurale à la cause de l’indépendance pour gagner leur soutien et leur ralliement. En 1960, il était devenu le secrétaire de l’état-major général. Il a éradiqué le terrorisme en Algérie. Il gouverne ce grand peuple avec fermeté depuis plus de 14 ans. Personne ne peut, mieux que lui, saisir la main du Roi du Maroc. Mais personne ne peut mieux que Mohamed VI la lui tendre. Parce que le monarque marocain n’a pas du sang algérien sur les mains.
Le président algérien était un adversaire redoutable pour Hassan II, c’est de Abdelaziz Bouteflika que les Marocains attendent l’apaisement, la consolation, la rémission, l’écriture d’un avenir commun. Voilà pourquoi l’Algérie est seule à pouvoir faire le geste d’ouverture, de l’union, de l’affiliation, de la communauté, de la fédération,…
Il n’y a que Abdelaziz Bouteflika qui puisse relever l’UMA de sa déchéance !
L’ennemi héréditaire de l’Algérie n’est pas le Maroc mais la France. L’ami héréditaire du peuple marocain n’est pas le peuple français, bien au contraire, c’est le peuple algérien.

Le respect des identités nationales dans le rapprochement

Nous avons certes la même langue et la même culture mais chaque peuple, il faut le reconnaître, est différent des autres, incomparable, inaltérable. Chaque peuple doit rester lui-même avec son histoire, sa culture, ses souvenirs, ses rites, ses croyances, ses légendes,…bref sa volonté de bâtir son avenir. Si nous voulons que les peuples du Maghreb s’unissent, il ne faut surtout pas chercher à les intégrer comme on intègre un jeune soldat dans son nouveau régiment. Il faut respecter les spécificités nationales, les cultures régionales et les traits culturels, historiques de chaque nation. Il faut rapprocher les peuples, leur apprendre à vivre ensemble et non pas à conspuer les hymnes nationaux pendant les rencontres sportives. Il faut que les gouvernants légitimes apprennent à mettre en commun progressivement certaines compétences. Il faut commencer par harmoniser les systèmes éducatifs et prévoir des programmes communs dans certaines matières : histoire, éducation civique, les langues étrangères, etc.
C’est ainsi qu’on construira l’UMA mais pas autrement : Nous devons donc nous organiser pour ne pas redevenir une proie facile ; l’entente Maroc-Algérie en est la condition sine qua none ; le respect des identités nationales dans le rapprochement en est une autre exigence. Il faudrait aussi se débarrasser des rivalités affectives entre pays !

*Professeur de sciences économiques et sociales
source/ lapresse.tn

 
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