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STRESS HYDRIQUE : QUI EN VEUT A LA SECURITE DE L’EAU ET AUX NAPPES PHREATIQUES DE LA PROVINCE D’IFRANE ?

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Mohammed Drihem
Au moment où les scénarios climatiques projetés à l’horizon 2050 prévoient une raréfaction de la ressource en eau sur le pourtour méditerranéen, le Maroc en Général et la Province d’Ifrane au Moyen Atlas marocain en particulier ; vit actuellement une période de stress hydrique des plus importantes depuis celles des années 1980.
Si les causes de cette situation critique sont climatiques, les modalités de gestion et d’utilisation de la ressource en eau, notamment pour l’agriculture qui en accapare 93%, sont également à interroger et dans cette perspective, on se Pose la question ces derniers jours au niveau de la province d’Ifrane pour savoir : Qui en veut à la sécurité de l’eau et aux nappes phréatiques de la province d’Ifrane?
En effet, après avoir lancé plusieurs projets agricoles de pomiculture, d’oignons et de pommes de terre entre autres cultures sur une superficie de quelques 2000 ha prévus à cet effet dans la Région de Tassemakt (commune de Sidi Makhfi- menaçant ainsi gravement les ressources en eau du Bassin Hydraulique d’Oum Rbia en général et les sources d’Oum Rbia en particulier, des informations persistantes parles de plusieurs investisseurs s’attaquent de nos jours au site Ramsar du Lac Afenourir où ils comptent investir pour réaliser leurs projets Agricoles dévastateurs sur une superficie de 200 ha (2 parcelles de100 ha chacune) et aussi et plus gravement encore ; au grand plateau d’afekfak chevauchant sur l’amont des deux bassin versant de Ras Elma (sous bassin versant de Beht) d’une part et celui de Tizguite d’autre part où ils pensent investir dans des projets agricoles sur la grande superficie de 2400 ha.
Vue la gravité de tels projets agricoles ; nous tenons à signaler que si le Bassin versant de Tizguite a déjà eu sa claque avec l’assèchement pur et simple de toutes les Sources de Tarmilet et les autres sources qui alimentent Oued Tizguite Classé Site Ramsar qui est à Sec depuis des années déjà hélas aux cotés de Dayet Aoua, Dayet Hachlaf et récemment Dayet Ifrah composant le dernier Site Ramsar en date notamment à cause des longues années de sécheresse et de ce développement exponentiel et non contrôlé de la pomiculture en amont de ces sources et lacs  ; le Bassin de Ras Elma se trouve de nos jours dans la ligne de mire de ce grand projet agricole programmé par les des investisseurs sur une superficie de 2400 ha dans le grand plateau d’afekfak menaçant ainsi, les sources de Ras El Maa et celles de Sidi Rached qui alimente la Ville d’Azrou en eau potable ainsi que les stations de pisciculture respectives de Ras Elma et de Ain Aghbal.
Selon des études de spécialistes en la matière, le sous-bassin versant de Ras-Elma s’étend le long de la bordure occidentale du causse d’Ifrane, occupant l’extrême amont du bassin versant de l’Oued Beht. Il est délimité à l’Est et au Nord par le sous-bassin de Tizguite, au sud par l’accident géologique Tizi-n-Tghetene, et à l’Ouest par le côté septentrional du plateau central. (Ses coordonnées géographiques s’étendent entre les longitudes 5°09’24’’ et 5°06’16’’ W) . D’un point de vue géologique, la majeure partie du bassin présente des paysages karstiques façonnés dans les dolomies friables du Lias inférieur, ainsi que dans les calcaires massifs du Lias moyen qui affleurent au niveau du plateau d’Afekfak.
Le plateau dénudé d’Afekfak, – Site choisi par le projet agricole incriminé – situé dans la zone médiane du bassin versant, est une propriété collective d’Ait Faska. Cette zone se caractérise par une topographie tabulaire et un relief ruiniforme due à l’activité tectonique intense. Elle est composée principalement de formations calcaires du Lias moyen, et elle constitue le socle de la nappe du bassin versant hydrogéologique délimité par deux failles, Tizi-NTretten et Ras Elma. Ce bassin alimente directement les sources de Ras-el-Ma et de Sidi Rached. De plus, les formations basaltiques qui couvrent la vallée de Tigrigra, à partir de Ras Elma, assurent la transmission des eaux et l’alimentation des sources basaltiques situées en aval du bassin telles que celle de Ain Aghbal.
Selon ces mêmes études ; la source Ras-el-Ma, émergeant des dolomies sableuses du Lias inférieur, se compose d’une série de griffons déversant leurs eaux dans l’oued Ras-el-Ma. Les débits moyens annuels de cette source sont étroitement liés au niveau piézométrique de la nappe hydrogéologique, variant entre 80 et 150 litres par seconde en fonction des conditions de précipitations.
Ces eaux précise-t-on ; constituent la seule source d’alimentation de la station salmonicole Ras Elma. Cependant, les effets des changements climatiques se font ressentir : actuellement, la source Ras Elma 1 est à sec, tandis que la source Ras Elma 2 maintient un débit très faible.
Quant à la source Sidi Rached, située en aval de la station piscicole Ras Elma, elle comprend deux sources principales, séparées de 150 mètres sur la rive gauche de l’oued Ras-el-Ma. Elles jaillissent des éboulis qui masquent le contact entre les basaltes quaternaires de la vallée d’Ougmès et les bancs de dolomies du Lias inférieur, dont le pendage est incliné vers la vallée. La première source fournit de l’eau potable à la ville d’Azrou, tandis que la seconde maintient le débit constant de l’Oued Ras Elma et ses eaux sont utilisées pour l’irrigation des terres agricoles en aval.
Il est important de noter alors que ces deux sources de Sidi Rached jaillissent au niveau de la limite inférieure de la nappe du Lias, et que leurs débits ont connus une chute à cause de la succession des années de sécheresse (environ 100 litres par seconde).
Les Causes de la vulnérabilité de la nappe et des ressources en eau du bassin versant de Ras Elma et la zone d’Afekfak ;
D’après ces mêmes études; la vulnérabilité de la nappe et des ressources en eau du bassin versant de Ras Elma est influencée par plusieurs facteurs à connaitre : La taille très réduite du réservoir hydrogéologique et son isolement par rapport au reste du causse moyen atlasique, résultant du décalage des compartiments au niveau des deux failles de Ras Elma à l’ouest et de Tizi-n-Tghten à l’est, la diminution significative des précipitations et l’augmentation des températures consécutives aux changements climatiques, la rareté des chutes de neige, entraînant une diminution des apports en eau dans le bassin, un déficit hygrométrique élevé et une évapotranspiration excessive, particulièrement pendant les mois estivaux, une fréquence élevée de précipitations torrentielles et de phénomènes extrêmes, accroissant les risques de crues et d’érosion du sol, les sources basaltiques situées en aval du bassin, telles que celle de Ain Aghbal, sont particulièrement concernées. Leur caractéristique spécifique réside dans leur connexion étroite avec le causse par la coulée basaltique. Ainsi, leur fonctionnement dépend intimement de la zone amont et enfin ; la culture intensive sur une superficie de 2000 hectares nécessite des quantités massives d’irrigation, estimées entre 7000 et 10.000 mètres cubes par hectare par an, soit un total annuel compris entre 14 et 20 millions de mètres cubes.
Les Graves Impacts de la Conversion de la Zone Amont du Bassin Versant Ras Elma (Plateau d’Afekfak) en Agriculture Intensive sur les Ressources en Eau et les Écosystèmes.
Tenant compte de la vulnérabilité de ce bassin versant hydrogéologique et des impacts néfastes des changements climatiques sur la disponibilité des ressources en eau dans cette région (Assèchement de la source Ras Elma 1 et la source de Ain Aghbal ainsi que diminution des débits des sources Ras Elma 2 et Sidi Rached) selon la même source scientifique ; la conversion du plateau d’Afekfak de sa vocation pastorale en agriculture intensive aura des répercussions désastreuses sur les plans social, économique et environnemental et menacera ainsi la sécurité de l’eau :
L’implantation de l’agriculture intensive sur le plateau d’Afekfak conduira à l’épuisement des réserves d’eau souterraines, menaçant la pérennité des sources karstiques de Ras Elma 2 et de Sidi Rached. Ces sources karstiques sont particulièrement vulnérables aux perturbations environnementales en raison de leur fragilité exacerbée.
De même, la surexploitation des ressources en eau en amont du bassin versant va rendre très difficile voir même impossible la réhabilitation de la source basaltique de Ain Aghbal et la croissance de la demande en eau pour l’irrigation des cultures exercera une forte pression sur les sources, avec le risque potentiel de tarir de manière irréversible les stations piscicoles, en particulier la station salmonicole Ras Elma. Celle-ci est véritablement unique, non seulement au Maroc mais également en Afrique, et occupe un rôle central dans le repeuplement des écosystèmes aquatiques salmonicoles à l’échelle nationale. La truite Fario, espèce endémique, et la truite arc-en-ciel sont notamment élevées dans cette station.
Dans la foulée ; la diminution des débits d’eau compromettra l’habitat naturel de nombreux organismes vivants, perturbant leur cycle de vie et leur reproduction ;
La mise en place de l’agriculture intensive et la surexploitation des ressources en eau en amont du bassin versant précise-t-on ; présente le risque imminent d’épuiser de manière irréversible les principales sources et points d’eau qui approvisionnent en eau potable la ville d’Azrou et les villages avoisinants sans oublier que l’application de pesticides et d’engrais dans cette zone en amont du bassin versant entraînera la contamination des eaux souterraines et de surface, posant ainsi une menace grave pour la santé humaine et la biodiversité aquatique. Cette pollution représente une menace particulièrement sérieuse pour des espèces sensibles telles que la truite, dont la santé et la reproduction dépendent fortement de la qualité de l’eau ;
En conclusion, et dans l’attente de voir la société civile et les responsables concernés mobilisés pour condamner de tels projets qui portent atteinte à la sécurité de l’eau et à la paix sociale dans la province d’Ifrane ; il y’a lieu de souligner que la conversion de la zone d’Afekfak, en amont du bassin versant, en agriculture intensive aura des conséquences néfastes non seulement sur les ressources en eau et les écosystèmes locaux, mais aussi sur la population de la ville d’Azrou et des villages environnants ainsi que celle de la Ville Ramsar Ifrane et il est donc impératif de sensibiliser les décideurs à l’urgence de prévenir ces impacts délétères et irréversibles ;

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